21.02.2010
J'ai regardé pour vous : "Le grand restaurant" avec Pierre Palmade, sur France 2 - Samedi 20 février 2010 à 20h35
J'ai passé véritablement un moment délicieux ce samedi soir sur France 2. Pierre Palmade a mis les petits plats dans les grands, et réalisé un vrai challenge, en écrivant et mettant en scène un divertissement unique, "Le grand restaurant". Réunir une telle tête d'affiche avec plus de vingt-cinq grands comédiens, c'était un pari fou... mais relevé à la perfection !
Imaginez un restaurant plutôt chic, des serveurs d'une grande classe, des lumières chaleureuses, et un directeur à l'affût de tout ce qui se passe. Et dans ce restaurant, une foultitude de clients différents, avec leurs histoires, leurs drames, leurs joies, mais surtout leur incongruité et leur charme naturel.
De table en table, on peut rencontrer un vieux couple gay en pleine discussion houleuse, sauf que l'un parle hollandais et l'autre français (Dave et Pierre Arditi), une fille impatiente de voir mourir son père pour toucher un héritage conséquent (Yolande Moreau et Michel Aumont), deux joueurs d'échec qui utilisent les plats et les couverts de leur table (Thierry Lhermitte et Jean Rochefort), deux meilleurs amis dont l'un avoue à l'autre qu'il va devenir une femme (Michel Boujenah et Gérard Depardieu), une cliente très insupportable avec le directeur (Laurence Badie), deux amis dont l'un sort de prison il y a un mois, et qui projettent de cambrioler la banque située à côté du restaurant (Gérard Darmon et Gérard Jugnot)... et pêle-mêle de grands noms comme Pierre Richard, qui apparaît en papa du directeur soi-disant aveugle, Alain Doutey en client généreux, Edouard Baer en profiteur patenté, Nathalie Baye qui veut devenir présidente de la République, André Dussolier et Charlotte Rampling, Claire Keim, Patrick Timsit, Victoria Abril, Isabelle Nanty, Michèle Laroque... Et sans oublier le directeur lui-même, en couple depuis vingt ans avec le chef cuistot, mais qui va être troublé par l'arrivée d'un jeune garçon serveur...
Le tour de force de cette comédie originale est non seulement d'avoir réussi à réunir tant de personnalités du grand écran, mais aussi d'avoir écrit un tel scénario. Pierre Palmade, comme il l'a dit dans plusieurs interviews, s'est inspiré à la fois de la série satirique de Jean-Michel Ribes "Palace" qu'Antenne 2 avait diffusé en 1989, mais aussi par clin d'oeil au film "Le grand restaurant" avec Louis de Funès, pour preuve une scène hilarante de mimiques et de grimaces entre le personnage du directeur et sa soeur.
Il ne reste plus qu'à espérer que France 2 éditera ce divertissement en DVD car même si l'audience a été très bonne (pour information, la chaîne a battu TF1 en nombre de téléspectateurs, ce qui est une nouvelle victoire du service public sur la décadence de la chaîne privée, qui continue à marquer son inéluctable chute), il est bon de revoir ce programme et de rire à nouveau, aux facéties de tous ces personnages, si bien distribués et si bien joués.
Pierre Palmade marque là sa première création de fiction pour la télévision et c'est une réussite.
Dernière minute : Selon le quotidien français "Le Parisien", France Télévisions va éditer le DVD du "Grand Restaurant" en avril prochain. Voilà une bonne nouvelle !
19.02.2010
Elton John : Biographie d'un géant de la musique * Partie 7 - Les années difficiles
A 28 ans, Elton John représente à lui tout seul 2% du marché du disque international, ce qui à ce jour encore n'est plus jamais arrivé. On ne pouvait pas faire deux mètres dans la rue sans voir, entendre ou lire quelque chose à propos d'Elton John. Cette consécration a été largement méritée, et dès 1976, un lent processus d'auto-destruction va s'enclencher avec abus conséquents de drogue et d'alcool. Malgré tout, c'est dans ces périodes là que ses mélodies sont les plus poignantes.
Le 1er janvier 1976, la radio canadienne CBC décide de proposer pour ses auditeurs et afin de célébrer la nouvelle année une condensé de deux concerts de Noël qu'Elton a interprété au Hammersmith Odeon à Londres respectivement le 22 décembre 1973 et le 24 décembre 1974. Une semaine plus tard, c'est dans les bacs des disquaires qu'on retrouve l'artiste avec un 45-tours édité en deux versions différentes : en Angleterre, "Grow Some Funk of your Own" est en face A, et "I Feel Like a Bullet (In The Gun of Robert Ford)" est en face B, alors qu'aux USA c'est exactement l'inverse. Le résultat commercial est édifiant car Outre-Manche le disque ne marche pas du tout, alors qu'Outre-Atlantique, c'est une honorable 14ème place et onze semaines de vie dans les charts.
Le même mois, Elton se fait interviewer par le magazine Playboy et fait la une d'un très célèbre mensuel américain Photoplay. En mars, il retrouve sa protégée Kiki Dee, qui rappelons-le a signé chez Rocket Records, sa société de production, trois ans auparavant. Ils enregistrent aux studios Manta Eastern Sound de Toronto un duo qui va être un énorme carton dans le monde entier, "Don't Go Breaking My Heart". Le 45-tours sort à l'aube de l'été 1976, et sera numéro 1 des ventes dans une vingtaine de pays. Mais en attendant, c'est le titre du film Tommy, "Pinball Wizard" qui sort en Angleterre, et qui obtiendra un bon accueil des radios.
Le 29 avril, c'est une tournée britannique de trente dates qui démarre, sous le nom plutôt amusant de "Louder Than Concorde (But Not Quite as Pretty)" (plus bruyant que le Concorde... mais pas aussi joli). Pour la petite histoire, c'est la princesse Margaret qui lors d'un précédent passage d'Elton John en Angleterre avait fait la remarque de la puissance du son en lui disant "You know, you're louder than Concorde !". Le clin d'oeil est plutôt amusant. Cette tournée aura un tel succès que parfois un second concert est organisé dans la même salle après le concert initialement prévu, par exemple à minuit !
La tournée s'étendra à l'Amérique du Nord, du 24 juin au 17 août, pour trente shows supplémentaires. A noter que dans le band d'Elton sur scène, on relèvera la présence de Kiki Dee en tant que backing vocal et de Ray Cooper aux percussions. C'est après ce périple musical, plus précisément le 17 septembre 1976, que le public va sérieusement se rendre compte que l'artiste n'est pas heureux. Ce jour-là, à Edinburgh en Ecosse, il participe au Festival of Popular Music et offre aux spectateurs un concert piano solo pour la première fois de sa carrière. Est-ce pour cette raison que, le trac n'aidant pas, il boira des verres entiers de whisky et en distribuera des fioles aux premiers rangs. Quoiqu'il en soit, malgré cette débauche alcoolique, il fera deux cadeaux à ses fans : deux titres du prochain album qui allait sortir un mois plus tard.
"Sorry Seems to be the Hardest Word" est le premier extrait du nouvel opus d'Elton John intitulé "Blue Moves". Le 45-tours sort le 10 octobre 1976 et fait partie des titres les plus poignants de l'artiste. D'ailleurs, l'album qui allait sortir dix jours plus tard, est dans cette teinte musicale, avec une pochette plutôt triste et mélancolique. A noter que c'est un double-album de 18 titres qu'il nous offre, et malgré qu'il soit peu commercial, il restera l'un de ses préférés, et aussi l'un des préférés de ses fans. Le grand public par contre n'aura pas la même réaction, et ce sera un échec.
Cela est en partie dû aux déclarations d'Elton dans le magazine Rolling Stone en ce mois d'octobre 1976. "Il n'y a rien de choquant à être au lit avec une personne du même sexe". Par cette phrase, Elton a dévoilé aux lecteurs sa bisexualité. "Le journaliste m'avait dit : je vais vous poser une question, mais si vous ne souhaitez pas répondre, j'éteindrai le magnétophone. Je n'avais aucune raison d'éluder cette question". a dit Elton au cours d'une interview en 2002. Malgré cette franchise, la réaction dans les bacs des disquaires ne se fit pas attendre : un certain nombre d'organisations religieuses, de groupuscules de soi-disant "bien-pensants" refuseront à jamais d'acheter ses disques, et en brûleront même sur la place publique à certains endroits.
L'année 1977 sera plutôt calme côté concerts et enregistrements. On notera la sortie du second extrait de son dernier album Blue Moves, "Bite Your Lip (Get Up and Dance)" qui sera un demi-succès, la sortie également de son second Best-Of "Elton John's Greatest Hits Volume 2", sa participation au célèbre "Muppet Show" dans lequel il jouera trois titres dont un duo mémorable avec Miss Piggy sur "Don't Go Breaking My Heart", et aussi l'édition d'un beau livre sur la tournée de l'année précédente, "Elton John : It's A Little Bit Funny". Mais la fin de l'année sera marquée par l'annonce fracassante d'Elton lors de la représentation du 3 novembre à Wembley : "J'ai pris une décision ce soir, c'est mon dernier show !"... Le musicien semble en avoir assez de la vie de tournée et de tout ce qui va avec. Déception chez les fans, qui croient sincèrement ne plus voir leur idole remonter sur scène...
(...à suivre) Samedi prochain, découvrez Elton John l'homme seul. Nous terminerons les années 70 avec la huitième partie de sa biographie complète.
14:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : elton john, biographie, sacha wicki, blog, sachoune, albums, carrière
17.02.2010
L'affaire criminelle du mois : "Marcel Barbeault, le tueur de l'ombre" (Partie 3 - fin)
Voici la roisième et ultime partie de cette affaire criminelle qui vous tient en haleine, celle de Marcel Barbeault, le "tueur de l'ombre", qui a sévi dans la commune de Nogent-sur-Oise près de Paris, entre 1969 et 1976. Nous arrivons à l'aboutissement d'une enquête longue de plusieurs années, et ceci grâce en grande partie à un homme, Daniel Neveu, dont le livre "Le mort n'a pas le profil de l'assassin" vient de sortir et vous sera présenté d'ici la fin du mois dans ma rubrique "Livre coup de coeur".
Depuis le début de cette enquête, deux cent cinquante gendarmes, cinquante inspecteurs de police, étaient mobilisés en permanence dans la région. Daniel Neveu relie des centaines d'auditions et toutes les lettres de dénonciation. Il reprend les synthèses des perquisitions aux domiciles de plusieurs suspects, il fait le bilan des indices matériels bien maigres. L'inspecteur rédige alors des fiches sur lesquelles il reporte tous les éléments recueillis depuis cinq ans : un cheveu brun, une empreinte de botte de pointure 42, quelques douilles de balles de carabine, une cordelette à sept brins, la description du tueur donnée par Micheline Mérien, le portrait robot réalisé à partir de ses déclarations, et aussi l'examen des rapports d'expertises balistiques qui indiquent que le tueur avait utilisé plusieurs armes différentes. Le compte-rendu des hypothèses de plusieurs psychiâtres également fait partie des fiches écrites par Daniel Neveu, ce dernier reflète la personnalité très particulière de l'assassin, un "monstre solitaire" selon les psychiâtres, "probablement célibataire, incapable d'avoir une sexualité normale".
Après cette phase d'analyse, Daniel Neveu va plus loin. Il met en lumière le rituel morbide qui accompagne chacun des crimes et il met également en lumière le scénario qui constitue le lien entre la plupart de ces crimes. Premier constat : le tueur surveille systématiquement ses victimes afin de connaître leurs habitudes. Il agit de nuit, et toujours en automne et en hiver, dans le froid ou la pluie. Toutes les victimes ont été assommées ou atteintes par des tirs non mortels avant d'être achevées. A chaque fois, le tueur déplace ou transporte les corps. Il dénude les femmes des pieds jusqu'au dessus des seins, il leur fait subir des attouchements post-mortems sans les violer, et il vole toujours leur sac à main. Le dernier meurtre en date, celui de Josette Routier, présente cependant une particularité : l'utilisation d'un couteau dans un but sexuel.
L'enquête repart donc sur ces nouvelles bases. Début 1975, le commissaire Jacob rejoint l'antenne de police judiciaire de Creil. Sous son impulsion, les policiers travaillent sur une plus grande échelle, une centaine d'inspecteurs peuvent passer la région au peigne fin, de nouveaux procès-verbeaux sont établis, quatre-vingt-douze perquisitions sont ordonnées, mille personnes interrogées, malheureusement sans résultat probant. Le "tueur de l'ombre" allait encore faire deux victimes avant d'être arrêté par Daniel Neveu.
Le mardi 25 novembre 1975, une nouvelle proie est abattue par le tueur, alors qu'elle traverse le parc municipal en plein coeur de la ville, pour se rendre à la gare où elle prend un train chaque matin à 6h09. Des jardiniers retrouvent le corps de Julia Gonsalves le lendemain près d'un cours d'eau. Comme les autres victimes, la jeune femme a été assommée d'un violent coup à la tête et achevée d'une balle de carabine dans la nuque. Le corps était nu des genoux à la poitrine, l'assassin a accompli son rituel habituel, jusqu'au vol de sac à main. Quelques heures plus tard, les policiers trouveront le sac vide et la jupe de la victime sous un tas de feuilles mortes. Mais cette fois, un témoin dira avoir aperçu à 5h45 un homme grand et costaud qui semblait se dissimuler dans un bosquet du parc municipal. Il avait vu son visage un bref instant, éclairé par les phares de sa voiture. Un nouveau portrait robot est établi. Il représente un homme plutôt beau garçon aux cheveux noirs, au regard perçant, qui avait frappé l'automobiliste, comme cela avait été le cas quelques années auparavant pour Micheline Mérien. Le témoin ajoute que l'homme était vêtu de sombre.
Comme à chaque assassinat, la police reçoit de nombreuses lettres de dénonciation. Daniel Neveu examine cette liste de plus de mille cinq cents noms, et les classe méticuleusement en fonction de leurs alibis à l'heure de tous les crimes. Il dresse également la liste des cambrioleurs récidivistes de la région, car au fil de son enquête il a élaboré une hypothèse sur cette série de morts mystérieuses : depuis sept ans, une dizaine de cambriolages ont été commis dans la région. Par exemple dans la nuit du 10 août 1973, un pavillon avait été visité par un voleur et il avait emporté un transistor, une montre, un bocal de cerises et une carabine. L'inspecteur Neveu avait relevé plusieurs détails troublants dans cette affaire, comme pour le meurtre de Josette Routier une couverture avait été tendue devant la fenêtre pour cacher la lumière, et avant de quitter les lieux, le tueur avait étalé bien en évidence sur le sol les photos des habitants de la villa. Ce même détail avait été relevé à l'occasion d'autres cambriolages. Or, Daniel Neveu savait que l'assassin des femmes de Nogent-sur-Oise était également un voyeur qui guettait longuement ses victimes. Conclusion : le tueur et le voleur pouvaient être le même homme.
Le 6 janvier 1976 survient un nouveau meurtre. Dans la pénombre de ce matin d'hiver, Françoise Jakubovska, une petite jeune femme brune de 21 ans, secrétaire administrative à l'EDF, se dirige vers la gare de Villiers-St-Paul où elle doit prendre le train pour se rendre à son travail. Un homme surgit de l'ombre, l'assomme, et lui donne plusieurs coups de couteau dans la poitrine avant de l'achever d'une balle de 22 long rifle dans la tempe. En début d'après-midi, une pensionnaire de l'hôtel de la gare se rend au jardin pour étendre du linge et près des fils à linge, elle aperçoit un sac à main jeté à même le sol, elle fait quelques pas et elle réalise que l'herbe humide est couverte de sang. Un peu plus loin elle découvre le corps de la jeune femme, dénudé des genoux à la poitrine, ses bas sont arrachés ainsi que son slip. Et la révélation par la presse de ce nouveau meurtre renforce la psychose dans la région et même au-delà, dans tout le département.
La huitième victime du tueur en série sera également la dernière. Le commissaire Jacob et l'inspecteur Neveu ont continué leur travail de fourmi en dressant des listes de suspects, ils sont des centaines au début, puis après vérifications, quelques dizaines. Ils s'arrêtent finalement sur une liste de cinq noms. L'homme sur qui planait le plus de soupçons est un garde-chasse, et il est finalement mis hors de cause. Le second est un alliéné mental qui dit aux policiers qu'il les attend depuis six ans, il est également innocenté. Les deux suivants sont également écartés de l'enquête, et le cinquième, il s'appelle Marcel Barbeault, bon père de famille, bon ouvrier à l'usine Saint-Gobain, il a 35 ans, et il habite une HLM à Montaterre. Le 14 décembre 1976, les policiers perquisitionnent chez lui et ne trouvent rien de particulier dans un premier temps, mais avant de quitter les lieux, ils font un détour par la cave. C'est là qu'ils découvrent, entre de vieux meubles, dissimulés derrière une porte, une carabine 22 long rifle, un poignard de commando, une matraque et un ciré de pêcheur qui dégage une épouvantable odeur de plastique humide. Lorsque Marcel Barbeault arrive à midi chez lui, les policiers lui passent les menottes. Il est présenté le 16 décembre devant la juge d'instruction chargée de l'affaire, au tribunal de Senlis.
C'est donc cet homme ordinaire, sans histoires, qui sera finalement inculpé des meurtres horribles commis dans la région de Nogent-sur-Oise, pendant huit longues années. Le 6 octobre 1981 à Beauvais, le verdict du procès de Marcel Barbeault tombe : il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour deux meurtres et trois assassinats, mais il bénéficie de circonstances atténuantes. Selon les journalistes, la peine de mort qui venait d'être abolie, a joué sur le verdict final. La sentance a été cassée et un nouveau procès a eu lieu deux ans plus tard, mais n'a fait que confirmer la même condamnation. Et malgré des indices matériels implacables, Marcel Barbeault n'a jamais avoué un seul des meurtres qui lui sont reprochés.
...A ce jour, il est le plus vieux prisonnier de France encore incarcéré.
Un merci tout particulier à l'équipe de l'émission d'Europe 1 "Café Crimes" présentée par Jacques Pradel, de laquelle je me suis grandement inspiré pour écrire ce récit. Ecoutez ce programme du lundi au vendredi entre 13h30 et 15h00.
Le mois prochain : "Les disparus de l'Oise" - Terrifiante disparition en série de jeunes garçons et filles, entre 1983 et 1996.
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